Ils fument le cigare

Ils fument le cigare





Info a rencontré le monde discret des fumeurs de cigares à Clermont-Ferrand. Ces afficionados des Montecristo et Cohiba n’ont pas l’air de kamikazes, mais ils ne renonceraient pour rien au monde à leur périlleuse passion.

Le cigare, c’est un plaisir égoïste que l’on aime partager entre amis. C’est comme une bonne bouteille que l’on ouvre pour des copains. Les yeux de Jean-François pétillent. Ce chirurgien-dentiste consomme un à deux cigares par semaine.
Et le danger du tabac ? Selon l’Organisation mondiale de la santé, le tabac entraînera d’ici 2020 plus de décès sur la planète que le sida, la tuberculose, la mortalité maternelle, les accidents de voiture, les suicides et les homicides réunis… Seul l’excès est dangereux assure-t-il. C’est un plaisir, rien à voir avec la cigarette que l’on fume sans envie. Un paquet de clopes, c’est comme des bonbons : tant qu’il en reste, on remet la main dedans…
Le moment d’allumer un cigare n’est pas anodin. Je le coupe exclusivement avec un emporte-pièce. Je fais toujours un tirage à sec avant de l’allumer. Alors, je me vide la tête. C’est très personnel, ajoute Eric. Je préfère les gros formats pour leur puissance et leur équilibre. J’aime les cigares souples comme du cuir, bien humides dont la fumée est moins acre. Ce dirigeant d’une entreprise de transports de voyageurs fume depuis les années 90. Il conserve 200 cigares à l’année dans une Eurocave et en prélève un par jour avec un réel plaisir.

Tout est bon dans le cubain

Pierre, développeur dans le secteur de l’environnement, fume un ou deux cubains par semaine. Je suis un fou de Partagas : le D4, le 8-9-8 et le Lusitanias sont pour moi les trois meilleurs au monde. Tout est bon dans le cubain. On sait ce que l’on allume. Quand on le déguste la relation est très intense. A la fin, on le pose. Il s’éteint tout seul. Je l’accompagne d’un Talisker, un single malt… Frédéric lui l’apprécie au volant, vitres ouvertes en écoutant du jazz. C’est un moment où l’on prend son temps. On a rendez-vous avec soi et une palette de saveurs, qui évolue au fur et à mesure de la combustion.
Je ne devrais pas fumer, mais ma femme qui est ORL, apprécie aussi le cigare. Cela me dédouane. Nicolas fait de la recherche clinique pharmaceutique et a commencé à 17-18 ans en se cachant. Le premier plaisir, c’est le temps suspendu quand la combustion est lancée… J’en fume un par jour. Ma femme préfère les cigares pas trop forts ni trop gros, et un peu floraux.
Certains ont démarré à l’armée : J’étais porte-serviette d’un colonel qui appréciait le cigare. Ils étaient mal conservés, mais la soirée si sympathique, se souvient David, conseil financier, amateur de Magnum 46, de Lusitanias, et qui parle chaque semaine à ses cigares. Le premier m’a été offert par un colonel à qui j’avais rendu un service, enchaîne Christophe, promoteur immobilier qui préside un club d’afficionados.  C’était un cigare de sa collection, un Partagas, ma manufacture préférée. Chaque mois, il réunit autour d’un bon repas une quinzaine d’amateurs de puros. Pas facile, le meilleur cigare du monde a un gros défaut : l’odeur du tabac froid du lendemain. L’été, on peut fumer en terrasse, mais les restaurateurs ne veulent pas nous réserver de salle. Avec ténacité et de l’entregent, le repas est régulièrement organisé, mais les contraintes olfactives et celles de la loi ne rendent pas la chose aisée.
Ce n’est pas simple non plus de consommer en public : On se sent mal aimé. Je demande toujours autour de moi en terrasse d’un lieu public. C’est clair, vous n’êtes pas le bienvenu avec un cigare, quand la cigarette ne pose aucun problème. Le cigare est-il un signe ostentatoire de richesse ? Faux, répond Pierrick. Ce commerçant adepte du Hoyo de Monterrey 3 ou 4 fois par mois, affirme que cela ne coûte pas plus cher que des cigarettes.

Un milliard de morts au 21e siècle




Les fumeurs de cigares authentiques ont une façon de fumer et une manière d’être différente des consommateurs de cigarettes. Il y a une dimension gustative, de plaisir en bouche, de manipulation. Ils ne fument que des cigares. C’est un peu comme le buveur de vins, qui n’a rien à voir avec le défoncé à la bière ou aux alcools forts, explique le docteur Jean Perriot, pneumologue au dispensaire Emile-Roux de Clermont- Ferrand, fort de 35 ans de pratique du sevrage tabagique, et des mécanismes de l’addiction au tabac.
Il faut voir le plaisir du fumeur quand il prépare son cigare. Les cigares sont beaux et les objets qu’il utilise, luxueux… Sauf que, les risques sont quasi identiques avec la cigarette : des quantités de nicotine, nitrosamine, et de nickel supérieures dans le cigare.
Les fumeurs exclusifs de cigares connaissent bien sûr la dépendance. Leur façon d’inhaler concentre des cancers au niveau de la sphère ORL : la bouche, les lèvres, la gorge, et l’œsophage, poursuit le praticien.
C’est inattendu : le docteur Perriot collectionne les paquets de cigarettes et les cigares, qu’il achète partout en voyages, mais ne les consomme pas. Mon père, médecin généraliste, était un gros fumeur de cigares. J’apprécie l’esthétique réussie des cigares indonésiens, et bien sûr la beauté des cigares cubains. Mais le tabac provoquera au 21e siècle un milliard de morts dans le monde, surtout dans les pays défavorisés. C’est une source de creusement des inégalités considérable. Le tabac mobilisera des zones de production vivrières pour produire davantage, et accentuera les problèmes de nutrition.

Jean-Jacques ARENE

Publié avec l’accord de l’auteur et de Monsieur Jean-François BRUNET, Directeur, SAS EPPLUS ASSOCIES. Cet article a été fait pour info magazine, édition Puy-de-Dôme







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