Accéder au contenu principal

Cigares linéaires ou pas ?

Cigares linéaires ou pas ?

Trois tiers contre le reste du monde

Depuis un certain temps je vois une guéguerre sur les réseaux sociaux (principalement Facebook) ou même sur certains blogs. La phrase que je retrouve régulièrement est ce cigare est trop linéaire.
Cela m’a fait penser à un échange avec Henke Kelner (Master Blender pour la Maison Davidoff), il disait ceci : le monde change, les hommes changent, il n’y a pas de raison que le fumeur ne change pas. Cela pour expliquer pourquoi il faisait des cigares de plus en plus linéaires.
Mais que pensent les autres personnes travaillant dans le monde du cigare ?
J’ai commencé par demander à Marc De Coen (Cubacigar Benelux) :




Je pense que c’est une volonté de Habanos, la marque de fabrique de Cuba. Tu sais c’est Cubataba qui achète le tabac, qui l’apporte à la fabrique et qui dit si tel ou tel cigare va être confectionné et donc je pense qu’ils veulent vraiment garder ce qui fait leur réputation depuis des années c-à-d. les 3 parties du cigare que l’on appelle, le foin, le divin et le purin. Une réponse qui a le mérite d’être claire, à Cuba cela marche comme cela depuis des années, il n’y a pas de raison que cela change, et c’est aussi le discours des Puristes avec qui j’ai échangé au cours de mes recherches, ils aiment ce système des trois tiers.
Chez Davidoff, on suit évidement la politique de Henke :
Nous suivons certainement l’avis de Henke concernant la linéarité lors de la dégustation d’un cigare.
Quand un mélange est bon, il doit l’être du début à la fin du cigare. C’est cet équilibre qui est recherché dans l’élaboration de nos mélanges. De plus linéarité ne signifie pas monotonie ou ennui, tu connais notre philosophie au sujet de la stimulation aromatique (salé, sucré, acide, amer, épicé) qui doit être complète pour une « recette » finale aboutie. Un cigare est comme une ami, tu dois toujours pouvoir compter sur lui…
Quand j’ai posé la question à Bobby Newman (Brick House, Julius Caesar, Perla del Mar…) la réponse a été fort similaire :
Un cigare doit être bon dès le début et puis il doit y avoir une légère modulation dans les arômes et la puissance mais celle-ci doit être minime car nous voulons des cigares équilibré (pas dans le sens arômes/puissance), on ne veut pas de grandes variations dans les sensations de notre dégustation. Son neveu Drew rajoute : nous avons des difficultés avec le marché européen qui n’a pas connu l’embargo de Cuba, pour leur faire comprendre qu’il y a d’autres façons de faire qui sont aussi très bonnes (ce propos me sera également rapporté plus tard par Rick Rodriguez, Master Blender de chez CAO).
Scander Chida (Los Duenos) :
Holà Ker, c'est un avis perso, l'Europe a été tout simplement conditionnée cubain pour cause de l'embargo, les cigares de République dominicaine par exemple sont les plus vendus sur le marché américain et ils ne se plaignent pas du tout au contraire, je pense que les nouveaux fumeurs changent de terroirs plus facilement.
Je ne pouvais pas rater l’occasion, j’ai donc profité d’une soirée organisée par STG pour demander à Rick Rodriguez de CAO et à Alex Svenson, Ambassador Brand Diesel, leurs réponses sont similaires aux autres :
Il y a une différence complexe entre le marché européen et américain déjà rien que sur les modules et puis vous n’avez pas connu l’embargo de Cuba. Notre politique est que le cigare qui a été pensé au niveau du blend doit donner la même constance du début à la fin, c’est pour cela que nous avons une approche différente de Cuba pour la réalisation des poupées, nous plions les feuilles d’une autre façon (quand j’ai regardé Christian, le rouleur de Macanudo Black, lors de sa visite belge, il assemble ses feuilles puis les sépare en deux, fait faire 180° à une partie puis les réassemble à nouveau avant de continuer la fabrication du cigare). Mais un cigare linéaire ne veut pas dire qu’il est monotone, il y a des légères modifications mais reste bon du début à la fin.

En continuant mon petit tour de contact, j’ai demandé aussi à Ben Koopmans (il distribue entre autres Arturo Fuente, Rocky Patel, Alec Bradley…) :
Si le goût est bon dès le début, faut-il beaucoup d'évolution ?
Bien sûr c'est intéressant d'avoir de l'évolution, mais quel écart veut-on ?
Combien de goûts différents espère-t-on découvrir dans un cigare?
Il y a La plante, la fermentation, le fabricant- compositeur, le terroir, ...plein de choses ont leur effet, l'importance du temps ... si chacun de ces éléments sont à leur zénith, on aura probablement un cigare qui combine douceur, force et souplesse et vous donnera des goûts assez complexes, pas tous au même moment, donc en évolution ...

Enfin un dernier avis celui de Geert Claerhout (Agio) :
Je pense que le fumeur actuel veut surtout pouvoir fumer son cigare jusqu’au bout et ne pas devoir laisser un gros mégot dans son cendrier.

En conclusion : il semblerait que Cuba se retrouve bien seul devant le reste des terroirs, mais qu’il y aura toujours des fumeurs de cigares cubains qui apprécieront cette dégustation avec une montée en saveurs et une chute importante à la fin. Ceux-ci doivent-ils être considérés comme le dernier bastion qui résiste au changement ? Je ne le pense pas car il faut reconnaitre que dans la partie Divin et même parfois dans le Foin, ils ont de très très bonnes choses. Il sera intéressant de voir l’évolution du marché américain lorsque les civettes auront des cigares cubains à côté des dominicains ou des nicaraguayens, enfin si cela arrive un jour car les américains sont très protectionnistes. Pour l’Europe, je pense que la tendance est à la montée d’autres terroirs, mais pour ma part j’aime voyager, découvrir et même si les cigares trois tiers ne sont pas mes dégustations de prédilections, j’aime encore bien déguster un bon cigare cubain. Je pense aussi que le prix des cigares influence notre choix de dégustation. Et quand on aime un cigare, on apprécie de le fumer dans son entièreté. Même si j’ai déjà vu plusieurs fois des puristes aller au bout du Purin.

Cet article devrait déclencher des avis, et je vous encourage à le faire dans le respect de l’autre, je me ferai un plaisir de vous lire.

Commentaires

  1. Il m'a fallut attendre 4 années avant de voir enfin quelqu'un qui se pose les bonnes questions et qui y trouvent des réponses novatrices et pertinentes !!! Merci beaucoup...

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Le Bouton d’Or

Le Bouton d’Or C’est chez Christophe P. (JPP Cigares) que j’ai rencontré ce grand barbu pour la première fois, de suite il m’a fait penser au film Le Dernier Trappeur, cet homme des bois dans le bon sens du terme, proche de la nature et dans le respect de celle-ci. C’est ainsi que j’ai appris que cet amateur de cigares et de whiskys était le propriétaire du restaurant Le Bouton d’Or. J’ai donc décidé de lui rendre une petite visite avec quelques amis. Nous y avons fait la connaissance de Florence, l’épouse et partenaire de Roch. Dans le restaurant c’est simple, Roch en cuisine et Florence en salle. Celui-ci est pourvu d’un assez grand parking, ce qui est intéressant vu le trafic et le peu de place sur la chaussée. Dans le restaurant c’est simple, Roch en cuisine et Florence en salle. Celui-ci est pourvu d’un assez grand parking, ce qui est intéressant vu le trafic et le peu de place sur la chaussée. La salle est cosy, avec son mélange de

Barbãr Rouge

Barbãr Rouge Brasserie Lefevbre Si vous suivez le blog, vous connaissez déjà la blonde et l’amour que je lui porte. Et bien ce soir, je teste pour vous la Barbãr Rouge. Qui dit bière aux fruits, dit obligatoirement l’avis de ma fille. Ce n’est pas du tout du machisme ; non je ne pense pas que c’est une bière de femme, mais je reste persuadé que pour ce genre de bière, un avis féminin est important. Je ne ferai pas de grands discours sur l’étiquetage car bien qu’il soit rouge, il est fort semblable à celui de la Barbãr blonde. Une grosse différence attire quand même mon attention : si sur la blonde l’étiquette met en avant le fait que c’est une bière forte et au miel, ici le forte à disparu et au miel est remplacé par aromatisée au miel. Cela demande quelques explications et c'est Cécile F. (Responsable Marketing & Communication de la brasserie) qui va me les donner, il s'agit en fait d'un problème de législation :  Sur l'étiquette, il est indiqu

Praline au tabac Macanudo Inspirado Black

C’est lors d’une soirée ChezDan que j’ai eu l’occasion de découvrir cette praline très particulière, réalisée par Frédéric Doumont. Cet ancien chimiste reconverti en chocolatier a appris que Julien faisait une dégustation de rhum et cigares, cela lui a donné l’idée de développer une praline spéciale pour l’évènement. Il m’explique que c’est un vrai travail d’alchimiste qui a demandé plusieurs tests. Au début, il a travaillé avec le tabac du macanudo inspirado black gordito et le chocolat noir, mais le résultat n’était pas satisfaisant car le tabac se faisait sentir trop bas dans la gorge, cela était désagréable et pouvait même faire tousser. Fréderic a donc modifié son chocolat pour le remplacer par un chocolat au lait. Il a commencé par fumer sa crème puis a utilisé de l’infusion de feuilles de tabacs pour l’incorporer dans sa praline. Il me conseille de mettre tout en bouche, de prime abord la praline goûte simplement le bon chocolat mais quand il commen

Furia

Un nom qui a déjà fait couler beaucoup d’encre sur les réseaux sociaux, ce qui me fait penser aux 3 passoires de Socrate, mais le but de cet article n’est pas de polémiquer mais de vous faire découvrir cette marque. Cette gamme de 3 cigares est une nouvelle marque de Didier Houvenaghel (dh Boutique Cigars), déjà bien présent dans le monde du cigare avec des marques comme La Ley, La Preferida ou Nicarao, en collaboration avec Abdel Fernandez. Didier est aussi un fan de mythologie, comme on peut s’en rendre compte avec l’habillage de la boite de La Ley ou le choix du nom Nicarao. Il ne va pas déroger à la règle pour cette gamme. Furia, Déesses sombres à deux visages de la mythologie grecque, sont aussi connues sous le nom des Bienveillantes. Elles sont chargées d'exécuter la sentence des juges. Elles poursuivent les coupables avec acharnement et ne laissent aux criminels aucun repos, elles les tourmentent sans relâche.   Mais sont aussi protectrices