Les Passions de Ker : My Father Le Bijou 1922, un chef-d'œuvre de mémoire et de tabac
Manufacture : My Father Cigars S.A.
Vitole : Le Bijou 1922 — Torpedo Box-Pressed
C’est d’ailleurs Jaime qui va développer l’assemblage
original de My Father. Rapidement reconnu au niveau mondial, ce blend
va propulser l’entreprise vers de nouveaux sommets. En 2009, la famille quitte
Miami pour rejoindre les terres fertiles d’Estelí, au Nicaragua, afin d'y créer
la manufacture My Father Cigars S.A.
En ouvrant ce chapitre particulièrement prospère pour la
marque, Jaime a fait du rêve de la famille Garcia une réalité vivante. Une
formidable aventure qui se poursuit aujourd'hui, toujours sous le regard
bienveillant et le contrôle mérité de son patriarche, José Pepin.
L'écrin et la cape
La dégustation du jour est un hommage bien particulier, car
il s’agit du Torpedo Box-Pressed : Le Bijou 1922. Cet assemblage
exclusif, qui rappelle les grands cigares cubains, a été pensé par le Maestro
lui-même. Il nous a concocté une vitole de grande qualité qu’on pourrait
qualifier de « petit bijou de grande valeur », en mémoire de son propre père né
en 1922.
Face à moi, une vitole à la cape sombre et intense, semi-recouverte par trois bagues qui lui servent d’écrin.
En commençant par le bas, la bague de pied (un ruban) arbore une couleur saumon fumé écossais (bien que d’autres y verront de la mandarine).
En continuant notre exploration vers la tête, nous découvrons une bague portant l’inscription Le Bijou 1922, et enfin une dernière affichant le nom de la gamme et du fabricant : My Father, Garcia & Garcia. On peut également y lire la mention « Hand Made » accompagnée du logo de la maison My Father. Le tout se décline dans une palette de couleurs élégantes : pastel, or, rouge et blanc cassé.
Je me dois de souligner que cette cape, avec son aspect
soyeux, son côté légèrement huileux et sa couleur « chaudron » qui tranche
magnifiquement avec l'éclat des bagues, est certainement à classer parmi les
plus belles de ces dernières années.
L'ouverture et le premier tiers
Pour l'allumage d'un Torpedo, il y a deux écoles.
Celle qui préconise, à l'image d'E.P. Carrillo, de couper un morceau généreux,
et celle connue sous le vocable « du Rabbin », qui conseille de pratiquer
d'abord une toute petite incision (quitte à y revenir plus tard). Personnellement,
je penche pour la méthode Carrillo, car j'ai constaté qu'une ouverture trop
étroite modifie profondément le tirage.
À cru, le nez offre de douces impressions de pain d'épices,
de cèdre et de chocolat noir classique. En arrière-plan, comme s'ils
attendaient sagement d'être libérés, se profilent un café serré et du poivre
noir.
Bien que je me méfie toujours du premier centimètre propre à
la « nouvelle tradition », je me lance dans le rituel de l'allumage. Le pied du
cigare s’embrase sous la flamme vive de mon briquet chalumeau.
Les impressions de douceur constatées à froid resteront au
stade de souvenirs : dès les premières bouffées, je suis assailli par un café
bien corsé, du poivre noir, de la réglisse et du cèdre.
La métamorphose gourmande
Puis, comme par enchantement, une fois le centimètre
fatidique franchi, cette puissance s'estompe. Attention, ce n'est pas un effet
« pétard mouillé », mais plutôt une diminution significative qui permet aux
autres saveurs d'entrer en scène et de prendre le relais.
Je me retrouve alors transporté entre un cappuccino, un
tiramisu et un bonhomme en pain d'épices alsacien. Les notes de café au lait,
de cake onctueux et subtilement sucré se mêlent à une vanille discrète et une
crème à profusion. Celles-ci ont une telle tenue en bouche qu’elles persistent
encore longtemps après l’expiration.
Je suis à peu près à la moitié de ce moment de plaisir quand, à nouveau, le café bifurque vers des notes plus corsées, tandis que le chocolat évoque désormais les créations de la maison Marcolini — qui, depuis 1995 à Bruxelles, incarne l'excellence du chocolat belge avec un cacao flirtant avec les 80 %. J’adore ces petits revirements qui équilibrent la dégustation et nous donnent l’occasion de profiter pleinement de ce bijou sorti de l’imaginaire sans faille de José Pepin.
Le grand final
Je viens tout juste de retirer la dernière bague lorsque le
cigare hausse le ton. Cette fois, on ne se contente plus de frôler le registre
moyen-fort : on y entre directement par la grande porte.
On se retrouve plongé dans l'univers d'un expresso italien
bien serré, accompagné d’un chocolat à 81 % de cacao originaire de la région du
Kivu, en République Démocratique du Congo. Petit à petit, cette puissance
englobe le reste des saveurs pour offrir, au final, un profil de saveurs
fermentées typique du tabac Oscuro.
Fiche Technique
- Vitole
: Torpedo Box-Pressed (dégustation réalisée sur deux
exemplaires)
- Dimensions
: Longueur de 15,56 cm — Cepo de 52
- Cape
: Habano Oscuro-Oscuro (Nicaragua)
Quelques explications s'imposent : « Habano » signifie
que la graine originelle de la plante provient de Cuba. Le premier « Oscuro »
veut dire sombre en espagnol (le degré de couleur ultime pour le tabac, juste
après le maduro). Le second « Oscuro » signale que la cape a subi une
fermentation naturelle ultra-poussée, longue et intense. C’est ce traitement
combinant chaleur et humidité qui lui donne cette robe presque noire, huileuse,
et cette fameuse teinte « chaudron ».
- Sous-cape
: Nicaragua
- Tripe
: Nicaragua
- Prix
indicatif (Belgique) : 22,00 € (au moment de la rédaction)
Conclusion
J’ai passé un superbe moment de dégustation en compagnie de
ce « Bijou ». Je me rends compte qu’il faut une sacrée expérience dans le
milieu du tabac pour parvenir à un tel résultat — tant dans l’assemblage que
dans le vieillissement et le roulage — au point de pouvoir légitimement le baptiser
ainsi.
Le tirage était impeccable, bien que je l'aurais
personnellement préféré un poil plus ferme. Du côté de la combustion, rien à
redire : bien qu'un peu en dents de scie par moments, elle s’est toujours
régularisée d’elle-même.
Je ne peux donc que vous conseiller de pousser la porte de
votre civette habituelle afin de tenter, vous aussi, votre propre expérience.




