Mémorial du 19 août 1942 à Dieppe : une visite au cœur de l’histoire et de la mémoire
Association JUBILEE – DIEPPE
Mémorial du 19 août 1942
Je ne peux pas dire que je sois un grand fan des sujets cinématographiques ou littéraires qui touchent à la Seconde Guerre mondiale. En revanche, je porte un certain intérêt aux faits d’armes de cette période, comme les blockhaus du cap Fagnet à Fécamp, ou à certains monuments commémoratifs : le monument et la stèle du camp Lucky Strike à Saint-Sylvain, près de Saint-Valery-en-Caux, le jardin du Souvenir à Montivilliers ou encore le Mémorial du Mardasson à Bastogne. Dès que j’ai l’occasion de visiter un musée sur le sujet, comme le Bastogne War Museum, je ne la manque jamais.
En tant qu’ancien militaire, je suis évidemment attiré par
des sujets comme la tactique, l’armement, les uniformes, les véhicules… Mais je
pense qu’avant toute chose, c’est le devoir de mémoire qui me touche aux
tripes. J’y entre solennellement, avec respect et tête nue, un peu comme dans
un lieu de culte.
Alors, quand Aurora m’a proposé une journée à Dieppe en me
mentionnant l’existence du Mémorial du 19 août 1942, j’ai dit oui sans hésiter.
Et je ne fus pas déçu. Mais avant
cela, un peu d’histoire s’impose.
Pour comprendre la situation, nous sommes en 1942. L’Union
soviétique subissait le poids principal des combats contre l’Allemagne et
réclamait l’ouverture d’un front à l’Ouest. Londres et Washington n’étaient pas
encore prêts à lancer une invasion générale, mais un raid important pouvait
montrer à Staline que les Alliés occidentaux agissaient.
De plus, Churchill était persuadé que, lors du débarquement,
la prise des ports serait primordiale. Prendre le port de Dieppe pouvait donc
constituer une belle répétition avant la grande opération.
À environ deux ans du débarquement, ce raid allait également
permettre de mettre la pression sur les Allemands et de tester les chars,
l’appui aérien ainsi que l’artillerie de campagne.
Après le raid, la propagande nazie s’en donna à cœur joie dans la presse, notamment dans Paris-Soir. Le journal utilise à plusieurs reprises le terme de débarquement :
- Le débarquement de Dieppe avait été un naufrage,
un échec retentissant. L’historique de la tentative manquée du
débarquement britannique à Dieppe La contre-attaque contre les troupes
britanniques qui ont débarqué…
La presse affirmait
également que la population dieppoise n’avait pas réagi et qu’elle avait même
aidé les Allemands à repousser les ennemis.
La réalité était pourtant tout autre :
- Les Alliés menaient une mission
grandeur nature, une sorte d’apprentissage douloureux, et non une
opération destinée à s’installer durablement sur le territoire ;
- Des tracts avaient été lancés sur la
région de Dieppe. Ils demandaient explicitement à la population de ne rien
faire et précisaient que ce qui allait se dérouler n’était pas un
débarquement au sens classique du terme, mais une opération destinée à
préparer la suite des événements.
Le raid de Dieppe ne se résume donc pas à un simple échec
militaire. Ce fut une opération meurtrière, mais aussi une expérience décisive
: les soldats alliés atteignirent plusieurs de leurs objectifs, recueillirent
des renseignements et permirent de tirer des enseignements essentiels pour les
débarquements futurs.
Cette réussite opérationnelle fut cependant payée au prix du sang.
Voilà le décor planté. Mais avant de vous parler de notre
visite, laissez-moi vous expliquer qui est derrière tout cela.
Situé près du front de mer, le Mémorial du 19 août 1942 est
installé dans l’ancien théâtre municipal de Dieppe, un édifice à l’italienne
construit en 1826 et inscrit au titre des monuments historiques en 1993. Ouvert
en 2002 à l’initiative de l’association Jubilee, il retrace le raid à
travers des archives, des objets, des maquettes, des uniformes et des films. La
scénographie rend également hommage aux victimes et aux vétérans : les noms des
disparus sont inscrits dans le hall, tandis que leurs portraits prennent place
sur l’ancienne scène. Ce dialogue entre patrimoine architectural, histoire
militaire et témoignage humain fait toute la singularité du mémorial. (Extrait
de leur site. Je vous invite à le visiter avant votre venue : il est rempli
d’informations intéressantes et pertinentes. Je mettrai le lien en fin
d’article.)
Comme le raid ne fut pas une surprise totale pour les Allemands, sans qu’ils disposent pour autant d’une connaissance complète de l’opération, le but de mon article n’est pas de tout vous dévoiler, mais de vous laisser la surprise de la visite.
On arrive donc place Camille-Saint-Saëns, devant une façade « bien moderne » pour un bâtiment classé. En fait, pour faire court, on dit qu’il est classé, mais dans ce cas, il est plutôt inscrit au titre des monuments historiques depuis 1993. Cela signifie notamment que cette protection concerne le décor intérieur et la machinerie théâtrale, et qu’elle n’implique pas que chaque élément extérieur doive rester exactement dans son état de 1826.
Après avoir passé le point de contrôle à l’entrée et nous
être acquittés de notre droit de passage, un moment qui ne peut que me faire
penser aux différents points de contrôle de l’OTAN que j’ai connus au cours de
ma carrière — avec le sourire et la politesse en plus, ainsi que tous les
renseignements nécessaires à notre visite —, nous pénétrons dans le musée du
mémorial. On ressent tout de suite l’esprit du théâtre, ainsi qu’une certaine
solennité chez les visiteurs déjà présents.
Il y a deux façons de parcourir cette salle : on peut
d’abord faire le tour des différentes vitrines, des panneaux et des coupures de
presse… On regarde les armes, les uniformes, les insignes et les souvenirs des
unités, puis on s’installe pour regarder une vidéo d’environ 45 minutes,
composée d’images d’archives, de reconstitutions et de témoignages de
survivants civils et militaires. Mais certains préfèrent commencer par le film
afin de mieux s’imprégner de l’histoire avant de découvrir la salle.
Dans la nuit du 19 août 1942, une flotte d’environ 250
navires prend la direction de Dieppe. À son bord se trouvent 6 000 soldats,
dont 5 000 Canadiens et 1 000 Britanniques — parmi lesquels 50 rangers
américains et 15 commandos des Forces françaises libres —, ainsi qu’une
cinquantaine de chars. Cette force sera appuyée par 864 appareils alliés.
S’il n’y avait pas de troupes belges dans cette mission,
la Fabrique Nationale était bien présente.
Qui dit Canadiens dit aussi Premières Nations et Métis. Ceux qui me connaissent savent que je pratique la Voie rouge, une spiritualité amérindienne, et que j’ai reçu, au cours de ma vie, trois plumes d’aigle : une en reconnaissance de ce que j’ai accompli pour rendre service — notamment faire connaître les Abénakis et les Innus aux Européens grâce à mon association Indian Soul —, une autre lorsque j’ai reçu ma Canupa, la pipe sacrée, et la dernière pour la transmettre à Gran Maman Nuage Bleu.
Si je vous parle de cela, c’est que, lors de votre visite, vous aurez l’occasion de vous arrêter devant une vitrine présentant des plumes d’aigle. Le texte qui les accompagne explique : Ces plumes d’aigle, portées depuis cinq générations, dont l’une est liée à une corne de bisonneau, ainsi que la sweetgrass, douce herbe utilisée pour les prières, ont été déposées au Mémorial de Dieppe le 13 avril 2009 par M. Ronald Cecil Meetous, représentant de la réserve “Thunderchild”, en Saskatchewan (Canada), en hommage aux soldats autochtones de cette province tombés sur le sol de France pour notre liberté. Oui, les nations amérindiennes ont elles aussi payé un lourd tribut aux efforts de guerre.
Vous découvrirez également deux éléments particulièrement marquants dans ce mémorial : les Visages de la mémoire et le Mur des disparus, qui rend hommage à 1 200 victimes militaires ainsi qu’à 46 victimes civiles.
Conclusion : Si, comme moi, le devoir de mémoire et la peur d’oublier
vous touchent, je vous invite à vous rendre à Dieppe et à prendre un moment
pour vous recueillir au Mémorial. Vous n’en sortirez pas tout à fait le même.
Mémorial du 19 août 1942
Place Camille-Saint-Saëns
76200 Dieppe
France
Le mémorial est ouvert jusqu’au 8 novembre 2026. Après cette
date, il faudra attendre le printemps 2027.
Du vendredi au dimanche, de 14 h à 17 h 30.
Pour en savoir plus, consultez leur site internet.







