Dégustation : AVO Expresivo — Le nouveau cigare sub-premium qui incarne le renouveau d'AVO
AVO Expresivo
Formats : Churchill, Toro & Robusto (parejo)
Démobilisé en 1952, Avo met un temps le piano de côté pour travailler dans la joaillerie auprès de son beau-père. Mais l'appel de la musique ne tarde pas à se faire entendre. Lors d'un voyage d'affaires à Porto Rico, il décroche un contrat de pianiste dans un hôtel local : la musique ne le quittera plus.
Rencontre avec Sinatra
Au début des années 1960, Avo croise la route de Frank Sinatra. Selon la légende, Avo lui présente en 1966 l'une de ses compositions intitulée Broken Guitar. La suite appartient à l'histoire de la musique : Sinatra adore la mélodie, mais rejette le titre ainsi que les paroles écrites par un ami d'Avo.
Parallèlement, Avo avait transmis cette même mélodie à son
ami allemand Bert Kaempfert afin d'obtenir son avis ou de faire publier le
morceau. A cette époque, Avo est avant tout un interprète et un musicien
passionné : sa trop grande confiance et l'absence de dépôt légal formel lui
joueront un bien mauvais tour, une blessure qui le marquera profondément.
NDA : Cette anecdote est rapportée telle qu'Avo la racontait de son
vivant. Sur le plan légal, il n'existe aucune preuve formelle pour étayer ces
faits.
Nouvelle vie & cigares
NDA : Ici encore, les récits divergent selon les
sources, mais j'ai fait le choix de retenir la version la plus répandue.
En 1974, Avo se produit au bar du complexe hôtelier Palmas del Mar, à Porto Rico.
Il prend l'habitude d'y acheter quelques cigares et de les poser sur son piano pour les offrir à ses clients. Les vacanciers américains apprécient particulièrement cette attention et commencent à lui en demander régulièrement. Saisissant l'opportunité au vol, Avo décide d'en commercialiser quelques-uns, tout en trouvant que ces cigares manquent cruellement de qualité.
Comme rien n'arrive par hasard, un ami lui conseille de se
rendre en République dominicaine afin d'y fabriquer ses propres vitoles — ou du
moins de trouver la personne capable de les confectionner selon ses exigences.
Après deux années de recherches et de prises de contacts, il rencontre le grand
maître assembleur de la République dominicaine : M. Hendrik « Henke » Kelner.
Les discussions s'engagent, les tests s'enchaînent, et les
premiers cigares voient le jour sous le nom de Bolero.
Repères chronologiques : la saga AVO
- 1987
: Confection des premiers cigares par Hendrik Kelner et premières
ventes sous la marque Bolero.
- 1987-1988
: Présentation et mise en vente des cigares réinventés sous le nom AVO,
en exclusivité dans la boutique Davidoff de New York.
- 1988
: Lancement officiel de la marque AVO aux États-Unis et début du
partenariat de distribution avec Davidoff.
- 1995
: Davidoff acquiert officiellement l'ensemble des droits de
distribution mondiaux de la marque AVO.
Qu’est-ce qu’un cigare « Sub-Premium » ?
Pour célébrer cet anniversaire, Davidoff lance un cigare positionné sur le segment Sub-Premium.
Un éclaircissement s'impose : qu'entend-on exactement par «
sub-premium » ? Il s'agit tout simplement d'un cigare premium (entièrement fait
main avec du tabac en feuilles entières) proposé à un tarif nettement plus
accessible. Pour maintenir ce prix contenu, hors de question de rogner sur la
qualité d'assemblage ou de confection — sans quoi le cigare perdrait sa
qualification de premium.
Alors, où se font les ajustements ? Plusieurs leviers
permettent de réduire les coûts sans sacrifier le plaisir de dégustation :
- La
sélection des tabacs : l'utilisation de très belles feuilles de tabac,
sans pour autant recourir à des récoltes rares, expérimentales ou
d'exception.
- Le
temps de maturation : un temps de vieillissement des feuilles
légèrement plus court.
- Le
conditionnement et l'habillage : l'abandon des coffrets en bois
précieux travaillés au profit d'un packaging plus épuré, voire de boîtes
en carton élégantes mais économiques.
C’est fort de ce concept que Davidoff propose, sur les
marchés luxembourgeois et français, la gamme AVO Expresivo, déclinée en
trois vitoles classiques : Churchill, Toro et Robusto en
format parejo.
Mais avant de vous livrer mes impressions, une mise en garde
s'impose — tout particulièrement aux amateurs habituels de la marque : pour
cette édition, Davidoff a fait le choix de quitter les terres dominicaines pour
assembler des tabacs venus du Honduras, du Nicaragua et d'Équateur.
Attendez-vous donc à une puissance et une palette aromatique au moins un cran
au-dessus de la douceur traditionnelle signée AVO.
A l'œil, la cape fait preuve d'une belle élasticité sous la pression. Elle offre un toucher soyeux, de superbes reflets ainsi que des nervures parfaitement affinées et bien écrasées.
La vitole est habillée de deux bagues où dominent le rouge et l'or. La bague principale, positionnée vers la tête, arbore en son centre le logo emblématique d'AVO. La seconde bague indique le nom de la gamme ainsi que le module — une attention très rare pour mériter d'être soulignée chez ce fabricant. Le reste de l'habillage reprend le motif d'une étincelle, également décliné sur la boîte, comme une invitation à « briller plus fort ».
Pendant des décennies, l'image des cigares AVO est restée
intimement liée au profil de musicien de leur fondateur. Aujourd'hui, la marque
explore une autre facette du personnage : Avo Uvezian était un homme
charismatique qui captivait l'assemblée dès qu'il entrait dans une pièce. Il
incarnait des valeurs fortes : la passion, le sens du partage et une
authenticité profonde. C'est tout l'esprit de ces nouvelles lignes AVO : une
invitation à vivre plus intensément, à aimer plus profondément et à briller plus
fort (Burn Brighter).
Après un dernier instant de contemplation, je coupe
franchement la tête de mon cigare d'un geste vif.
La Dégustation : A cru et à l'allumage
A cru, le tirage se révèle idéal — fluide sans être un tuyau
vide. Les arômes à froid laissent deviner des notes de poivre noir et un
soupçon de cannelle, offrant la nette impression que la vitole en a sous le
pied.
L’allumette AVO s’enflamme et vient épouser le pied du
cigare qui, sous une chauffe patiente, s'embrase. Deux ou trois bouffées de
contrôle, un léger souffle sur le foyer pour parfaire l'allumage, et me voilà
prêt à me livrer aux plaisirs d’une dégustation qui s'annonçait — et se
confirmera être — un parfait moment de plaisir.
Du poivre à la crémosité : l'évolution en fumée
Les toutes premières bouffées sont marquées par des notes de
terre, de chocolat noir et de fruits secs, accompagnées d'un poivre blanc qui
affirme sa pleine puissance dès le premier centimètre.
Au fil d'une combustion parfaite, les saveurs évoluent avec
l’arrivée du cuir tanné et de nuances de sous-bois, rappelant typiquement la
forêt du Mont Sainte-Odile avec sa mixité où les conifères côtoient de grands
chênes majestueux.
Puis, environ 7 cm après l'allumage, survient une transition remarquable : l'arrivée d'une belle crémosité. Elle vient tempérer la fougue poivrée du démarrage avec une onctuosité briochée. Contrairement au reste de la gamme AVO où le crémeux typique accompagne la dégustation du début à la fin, il fait ici une entrée remarquée en milieu de parcours.
La palette opère alors un tournant radical : la cannelle
s'installe, le poivre blanc se fait plus discret, laissant place à des notes de
fougère, de muscade et, pour compléter ce tableau, à un vaste champ de fleurs
de printemps.
Arrive enfin le moment tant redouté, celui où l'on n'a plus d'autre choix que de le laisser mourir dans le cendrier, quand les doigts chauffent et que les warnings « attention moustache » passent au rouge.
Churchill, Toro, Robusto : Quel module choisir ?
En général, je ne fais pas de différences dans mes articles entre les différents modules d'une même ligne, trouvant les divergences trop minimes pour s'y attarder. Mais cette fois, c'est différent :
- Le Robusto : C'est la lecture la plus concentrée du mélange, et celle vers laquelle la plupart des habitués d'AVO se tourneront par réflexe.
- Le Churchill : Il raconte la même histoire, mais plus lentement. Un temps de combustion plus long laisse à chaque arôme le temps de s'exprimer pleinement.
- Le Toro : Il offre le compromis parfait : un gros module, une combustion plus rapide que le Churchill, tout en conservant ce même caractère concentré d'un cran.
Fiche technique & Détails de dégustation
Pour réaliser cet essai, les dégustations ont été effectuées
sur un panel composé de 2 Toro, 1 Churchill et 1 Robusto :
- Robusto
: 12,7 cm — Cepo 52
- Toro
: 15,2 cm — Cepo 54
- Churchill : 17,8 cm — Cepo 48
Composition de l'assemblage :
- Cape
: Équateur
- Sous-cape
: Jamastran (Honduras)
- Tripe
: Jalapa & Condega (Nicaragua), Jamastran (Honduras)
En conclusion
L’AVO Expresivo s'impose comme un remarquable cigare Sub-Premium.
Il offre une palette aromatique à la fois riche, variée et parfaitement
équilibrée, portée par une puissance évoluant d'un corps moyen vers un corps
moyen à fort, le tout pour un tarif particulièrement raisonnable.
C'est une vitole sur laquelle il faut prendre son temps, et
qui ouvre magnifiquement la voie à la seconde vie des cigares AVO. A mes
lecteurs et amis belges : encore un tout petit peu de patience, ils arrivent
très bientôt dans vos civettes !
Grille tarifaire :
- Au
Luxembourg :
- Robusto
: 15,80 €
- Toro
: 17,50 €
- Churchill
: 17,10 €
- En
France :
- Robusto
: 16,00 €
- Toro
: 17,50 €
- Churchill
: 17,00 €





